24 août 2012

Aylin

 

 

Aylin, née en Turquie,

vivait en France depuis l'âge de 2 ans.

Elle apprenait sa langue maternelle avec sa tante.

Un matin, alors que le sujet s'y prêtait,  

la maîtresse dit à ses petits élèves de C.E.1,

majoritairement

non francophones  à la maison,

qu'ils avaient bien de la chance, eux,  

de parler deux langues

(le français et la langue des parents).

La maîtresse aurait bien aimé, elle ,

connaître deux langues:

"Moi à 7 ans je ne savais parler qu'une langue, le français,  c'est tout"

La maîtresse voyait bien les yeux ronds de ses cocos .

Aylin, née en Turquie,vivant en France depuis l'âge de 2 ans,

parlait turc à la maison, Mélanie portugais, Tatiana espagnol

Médi et sofian arabe, Mahamadou un dialecte africain.

 

Il y  a deux ans et demi, au retour de son congé  maternité,

on lui confia des petits-moyens

dans une école nichée au coeur d'une communauté turque.

Certains ne parlaient que la langue maternelle.

La maîtresse lutta silencieusement contre ses collègues ,

contre l'impérialisme culturel et linguistique de l'école :

Quelle circulaire interdit aux enfants de parler

leur langue maternelle à l'école,notamment dans la cour de récréation?

Quel principe exige qu'un petit de 3 ou  4 ans ne puissent pas

parler turc en croisant son  cousin dans la classe?

La maîtresse est fonctionnaire de l'Etat et elle sait bien que son travail

c'est qu'ils maîtrisent le français.

Mais de quel droit, leur intimerait-elle de ne jamais utiliser

cette langue précieuse de papa, cette chanson du quotidien

entremélée de tendresse qu'est la langue maternelle?

Cette langue parlée à la maison riche de dits et de non-dits, 

lourd et heureux héritage culturel et familial.

Pourquoi l'école d'aujourd'hui la relèguerait 

au rang de la clandestinité.

La maîtresse sait que le danger

c'est de se perdre dans le culturalisme

(s'intéresser au culturel et perdre de vue les apprentissages).

Aylin, née en Turquie,

vivait en France depuis l'âge de 2 ans.

 

Elle  révèla à la maîtresse , avec ses mots, qu'elle pensait que

l'école lui demandait de  choisir entre le français et le turc.

 

 

Dès la porte fermée sur l'intimité de sa classe,

la maîtresse parle avec son coeur  à ses élèves .

 

 

Posté par Melodie7 à 16:30 - - Commentaires [1] - Permalien [#]