22 mai 2013

Noémie

Avant les vacances de printemps, la maîtresse avait remis à la maman de Noémie, le bulletin de sa fille .

Noémie ressemble à Elsa :

une petite souris qui se dérobe

quand la maîtresse l'approche.

Lors de la remise du 1er bulletin, 

la maman avait révélé

que sa fille ne pleurait plus

le matin sur le chemin de l'école.

Contrairement aux années précédentes.

Elle trouvait son bonheur en classe.

Le théâtre pouvait être pour elle, dixit la maman, l'occasion de s'essayer au regard des autres.

Mais Noémie est une petite souris qui cache en elle une force insoupçonnable,

une détermination folle qu'elle a révélées au cours des répétitions. Quelle grande actrice!

La maîtresse l'a nommée metteur en scène et Noémie gère un des groupes avec poigne et efficacité.

Noémie rougissante qui refuse de lire à la classe les histoires qui noircissent ses cahiers du matins. Soit!

Noémie  têtue qui refuse d'aller au tableau,

en secouant la tête énergiquement cachée derrière sa voisine. Persévérance!

Noémie est une petite souris qui tient sa maîtresse à distance en pleurant

dès qu'elle se penche vers elle réduisant à néant toute ébauche de conversation .

La maîtresse a remis le bulletin  du deuxième trimestre et appris le retour des larmes matinales.

Elle sent bien que le discours de la maman l'en tient responsable.

Mais chère madame , Noémie pleurait bien avant d'arriver dans cette classe,

la déception maternelle sous-tend le propos.

Quelques incidents émaillant la vie de classe

ont montré cette petits souris

sous un jour nouveau :

Noémie a tiré violemment les cheveux de Tim

qui lui avait refusé un chewing-gum,

dit mille vilenies à Janelle, hurlé sur Hélène,

donné un coup de pied à Lia !

Un jour elle lui reparlera de cette violence qui habite tout être humain.

Une violence naturelle qui a besoin de s'exprimer

mais ne peut pas apparaître aux yeux de tous à l'état brut.

Cette violence demande à être transformée.

Cette violence que la maîtresse accepte en conjugaison (Tim a choisi le verbe du 1er " tuer " pour s'entraîner au  passé simple)

une violence rôdant autour de certaines histoires d'élèves dans les cahiers du matin,

une violence sous-tendue aux problèmes mathématiques de partage d'un pécul au sein d'une fratrie,

une violence qui doit subir une transformation pour être présentable, être sublimée.

Cette violence qu'elle a rencontré en elle

mais une violence traquée car toujours vivace, fonctionnelle mais multiforme.

Alors la maîtresse a placé Noémie juste à côté de son bureau.

L'air de rien. Pour mutiplier les occasions de bavardages. Sans qu'elle se doute de ses intentions.

Les premiers jours, la maîtresse ne l'a  pas regardée,  l'air de rien:

Noémie s'exclafe, s'étonne, fabrique des secrets déposés dans l'oreille de sa voisine,

elle observe elle aussi la maîtresse, lit les documents posés sur son bureau, lui murmure quelques commentaires.

Alors la maîtresse taquine Noémie, lui lance des sourires complices, elle met du mystère.

Elle tente d'apprivoiser la miss.

 

Posté par Melodie7 à 22:14 - - Commentaires [6] - Permalien [#]