28 mai 2013

la dresseuse de fauves et sa soupe au lait

Marysa trépignait, claquait ses cahiers,

jetait ses stylos,

faisait quelques vertes remarques.

La maîtresse avait jeté l'éponge.

Elle fermait son oreille à ce tintamarre et

exigea  le silence nécessaire au travail.

Marysa  fonça sur la maîtresse et lui jeta un

"je peux aller me calmer dehors ! "

et sortit en trombe de la classe .

La maîtresse jeta des coups d'oeil furtifs ,

la piqua aussi pour que la rebelle ne se contente pas de lire l'affichage du préau.

Extérioriser c'est courir, hurler.

Elle accueillit 10 mn plus tard une Marysa encore explosive.

Aussi elle lança par-dessus les élèves affairés:

" tu fais ce que tu veux mais je ne veux pas que tu déranges tes camarades !

Fais les exercices ! Ou alors prends ton cahier et écris ton chagrin !

- Mais , maîtresse, je n'ai pas de chagrin, c'est de la colère que je ressens!  

Oui j'ai bien compris. Écris le chagrin si tu as besoin.

- Tu veux que j'écrive du chagrin alors que je suis en colère ?!

La maîtresse avait un grand sourire accroché au coeur !

Elle sentait le poisson ferré, la soupe au lait embaumer tandis que le fauve enrageait.

Une biche farouche, insoupçonnablement tapie dans les replis de l'âme humaine

fit son apparition:

- Moi je sais que derrière la colère se cache du chagrin

Quand on gratte la colère, on trouve de la tristesse.

Et puis la maîtresse retourna à ses moutons et ses dixièmes.

30 minutes plus tard, Elouan s'étonna, à haute voix, de trouver un cahier dans la poubelle.

Un cahier où la maîtresse reconnut l'écriture de Marysa.

Elle le glissa dans son manuel de math pour y lire pendant sa récréation:

" La maîtresse m'avait promis de ne pas me gronder. Personne ne m'aime. Même pas ma mère pour qui je n'existe pas."

Le coeur de la maîtresse frémit . Elle se souvint d'elle enfant.

Elle se souvint des larmes qu'elle cachait sous ses provocations,

ce chagrin sous la violence verbale,

son besoin innommable de se colleter pour exister,

la nécessité d'en découdre pour tenter de cicatriser.

Oui c'était donc là qu'elle avait puisé

un peu de coeur pour l'indigente.

Alors la maîtresse retrouva les mots

qu'on lui avait offert un jour de naufrage,

elle ressuscita, à l'heure du repas,

le discours de la raison et du coeur qui sonnait à peu près ainsi:

" Là est le noeud du problème, Marysa. En vrai c'est pas à la maîtresse que tu réclames de l'attention, non, c'est à ta maman!  Tous les enfants ont besoin de leur maman pour grandir. Tous les enfants méritent cet amour. Réclame, Marysa, réclame l'amour qui t'est dû. Peut-être qu'elle entendra et te donnera ce dont tu as besoin! Peut-être. Et puis, si elle ne peut pas, si elle enlisée dans le chagrin de la perte de son papa, si sa maison est devenue un tombeau, alors, Marysa, tu dois  partir, toi, vers ton destin exceptionnel. Tu es brillante, tes grandes compétences, tu les piétines quotidiennement en classe. Tu n'es pas responsable de sa tristesse, tu es responsable de ton destin à toi!"

Parfois la maîtresse sort de sa fonction institutionnelle.C'est son secret

Un secrète mission à laquelle elle ne peut pas renoncer...

Posté par Melodie7 à 07:06 - - Commentaires [5] - Permalien [#]