20 juillet 2013

En mai, la maman de Jonathan

" Moi, la fille qui  m'a traitée de boudin elle a fini à l'hôpital ! "

C'est la maman de Jonathan s´adressait ce lundi matin à la maîtresse.

Une maman au bord des larmes, une maman touchée au travers de son fils,

la lèvre tremblante, les mots ne pouvant contenir l'émotion;

une maman sous la morsure de l'enfance : Elle se souvient. 

La maîtresse est toujours touchée par les larmes des autres, 

ça fait comme la vague qui gonfle et roule sur l'échine de l'océan,

la maîtresse ressent souvent en elle ce qu´autrui dit; ou tait.

Jonathan a été blessé d'une remarque .

Une remarque sur ses dents .

La sempiternelle remarque

Inombrables blessures depuis la petite école, précise la maman.

La maîtresse a assuré la maman de sa bienveillance à l'égard du fils.

Et quelque soit la valeur du propos,

il y a en elle une tendresse de mère

qui sourit aux autres mamans.

Mais les mots rassurants de la maîtresse

ne suffisent pas à tarir les larmes intérieures.

La maîtresse enquête en entrant en classe

Mais Jonathan n'est plus très sûr et doute de la réalité du propos.

Est-ce le souvenir d'une moquerie ancienne ?

Est-ce la résurgence d'une blessure profonde née dans le cœur d'un enfant 

une blessure entretenue durant toute la scolarité par les boutades,

une douleur que l'institutiopas a pas su soigner ni adoucir.

La maîtresse en reparle  à 16h30 avec  la maman et

puis elle revient sur ce qu'elle a évoqué, à mots couverts, lors de la remise du 2ème bulletin:

l'estime de soi.

      Lors d'un débat en éducation civique avec une définition de l'estime de soi,

      Jonathan avait pris la parole :

      " Moi je ne m'aime pas. C'est comme ça."

      Et il avait développé : 

     "Mon frère c'est pareil il ne s'aime pas beaucoup . Ma mère et mon père non plus".

La maîtresse était restée évasive avec les parents lors de la remise du bulletin

car cela n'influait pas sur les apprentissages.

À Jonathan d'en parler, à lui de leur raconter.

Voilà que la maîtresse remet cette histoire d'estime de soi sur le tapis

Une moquerie atteint en plein cœur celui qui est narcissiquement torpillé.

Un quolibet restera inoffensif pour celui qui s'aime .

La maman pense qu'après les rendez-vous, radiologue, orthodentiste,

l'estime se redorera

La maîtresse en doute.

Mais peut-on parier sur l'avenir avec assurance sans rogner sur la liberté de l'individu?

Sans omettre d'éventuelles belles rencontres de la vie?

Sans compter sur certains chemins fleuris qu'on se choisit ?

La maîtresse n'a pas évoqué l'idée du psy avec les parents de Jonathan.

Elle sent qu'il n'y a pas de questionnement chez la maman, guère de place pour le périlleux doute.

Elle sait, elle en a fait l'expérience avec sa propre fille, sa Bellâme,

que l'estime de soi peut se reconstruire chez un professionnel.

Mais quelle grande remise en question pour des parents.

 

Posté par Melodie7 à 14:46 - Commentaires [7] - Permalien [#]