11 septembre 2013

Nicolas boude

 

- Parce que les autres trichent, explique-il à la maîtresse

qui traversait la joyeuse cour jusqu'à la photocopieuse.

- Bein tu pourrais leur dire que tu es fâché.

Le tricheur en question c'est Emmanuelle.

En classe, la maîtresse questionne les protagonistes.

- On jouait à chat et Emmanuelle, elle trichait, répond Nicolas à la maîtresse.

- Non, pas à moi!  Adresse-toi à Emmanuelle!

- On jouait à chat et tu trichais.

- bein non j'ai pas triché!

- Si, elle a triché, elle est allée sous les arbres et on avait dit qu'on n'avait pas le droit.

- A elle, Nicolas! Pas à moi!

- Tu es allée sous les arbres et on n'a pas le droit. Moi je ne pouvais plus t'attrapper.

- Je n'ai pas fait attention, maîtresse!

- A lui,  pas à moi!

- Désolée, Nicolas, je n'ai pas fait attention.

 

Un moment précieux.

Une parole libérée.

Une communication efficace.

Des enfants apaisés et disponibles pour la classe.

Une expérience à renouveler!

 

 

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08 septembre 2013

Ludovic and co.

 

 

Ludovic  se souvenait de son passage ds la classe de la maîtresse.

Il semblait n'attendre que d´arriver ici

pour laisser courir, à nouveau, sa plume.

Dans ce cahier d'écrivain,

appelé pudiquement cahier du matin,

Ludovic a débuté une histoire de dragons,

de princesse à sauver, d'une ville à libérer.

Une formulation à couper le souffle,

du vocabulaire étonnant pour un enfant.

Ludovic est une star naissante.

Attention à ne pas le laisser occuper tout l'espace...

Et va-t-il réussir à mettre en appétit ses camarades?

 

" Ce  cahier, c'est  un peu comme un psychologue! a avancé Eliot.

- Oui, tu as raison. Une année, il y avait une petite fille qui n'arrivait pas à travailler

à cause d'un terrible cauchemar. Et puis elle a dessiné ce cauchemar, et 

ça lui a fait du bien. Elle a pu se remettre au travail."

Mais comment Eliot, connaît-il les psychologues?

" Je faisais des cauchemars l'année dernière."

Les parents d'Eliot ont fait des pieds et des mains

pour que leur enfant ne soit pas cette classe.

Eliot , un élève à tenir, paraît-il, d'une main de fer.

Un élève qui fait des bêtises en classe, d'après un camarade.

Mais ce sont souvent les mots des enseignants qu'on trouve dans la bouche des élèves.

La maman d'Eliot que la maîtresse a senti au bord des larmes.

La maîtresse fait confiance aux signaux qu'elle croit recevoir des autres.

Elle sait qu'elle les perçoit , la plupart du temps, avec justesse.

 La maîtresse sait qu'elle a travaillé si longtemps sur ses propres émotions,

elle a rencontré si souvent la petite fille, qu'elle a été,

qu'elle imagine moins ses propres émotions sur le visage des autres .

Elle se perd moins dans ses projections.

Plusieurs RDV ont été fixés: entre dysgraphie ou dyslexie,

trouble dont souffrait  Albert Einstein

elle attendra aussi la maman d'Eliot.

 

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03 septembre 2013

Nouvelle rentrée


Une rentrée sage et sans éclats.

La maîtresse a capté quelques sourires d'enfants.

Quelques remerciements quand elle a invité les parents à entrer dans la classe.

Quelques étonnements devant le tableau numérique

qui lui avait arraché 2 ou 3 jurons durant l'été.

 

Quelques élèves en qui elle souhaite voir frémir les bases de l'estime de soi.

Des bouilles d'anges. Le fameux ludovic.

Des cerveaux à rassurer :

La maîtresse connaît ses prédécesseurs comptant deux essoreuses à cerveaux!

Quelques commentaires :

"J'aime bien les maths aujourd'hui  parce que c'est facile."

"Les évaluations alors c'est juste pour savoir si on sait ou si on sait pas!".

"C'est des jeux pour apprendre ?"

Des petits " OUAIS"  distillés dans la journée, en écho aux :

"On fera du théâtre". "On fabriquera des jeux".

"Je vais vous lire un poème". "Attention! J'allume le tableau numérique!"

Quelques réponses :

"C'est facile parce que tu as utilisé un outil: le tableau de numération.

En l'utilisant tu apprends. Un jour, tu n'en auras plus besoin"

" C'est ça. Si tu rates une évaluation, tu t'entraînes à nouveau,

encore une fois ou deux. Ensuite, tu refais ton évaluation."

Plusieurs parents qui souhaitent un RDV.

Une maman qu'elle a senti au bord des larmes :

" Pour parler d'un problème, l'année précédente. Non pas au niveau du comportement.

Un problème entre l'enseignante, l'enfant et les parents"

Un enfant qui sort de chez celle qui s'en est prise à la maîtresse

(fichtre! Au diable cette sensiblerie!).

Celle à qui on donne des élèves avec un sentiment de sacrifice:

"lesquels seront assez costauds

pour survivre à un passage dans sa moulinette?"

Celle que, dans quelques jours, la maîtresse dénoncera ainsi

car tout silence est connivence.

 

Demain, au-dessus des copies,  elle fera la somme, entre math et français,

de ceux qui auront besoin d'être accompagnés dans les prochains jours .

 

Ce soir elle a écouté le récit de rentrée de sa BellôBôBidon et

    de son louloufoufou (dans la classe voisine!)

 Demain matin, ce sera au tour de sa bellâme de 13 ans.

Quelle fierté!

 

 

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02 septembre 2013

pessimisme

La classe a effectué 2 représentations avant le grand soir, 2 spectacles devant des classes de collègues.

2 petits galops d'essais à valeur de répétitions au bilan  mitigé:

Outre le gros souci des bavardages de coulisses,

les commentaires des collègues tournaient autour

de tout ce qui dysfonctionnait dans cette troupe d'amateurs.

Commentaires clos par "Mais sinon c'était bien"!

De retour en classe, Cyrielle fit remarquer : ils ont parlé que de ce qui n'allait pas.

La maîtresse n'a aucune prétention théâtrale. Les élèves se sont bien amusés,Optimisme

ils ont lu, émis des hypothèses, relu pour vérifier, réfléchi, réajusté, organisé.

Ils ont pris le risque de s'exposer.

Un joli travail au bout du compte.

Mais la maîtresse ne comprend pas ce pessimisme.

Sa fille, collégienne en goguette, a beaucoup ri lors des répétitions,

l'enthousiasme des élèves laissait présager un moment festif,

les spectateurs semblaient se réjouir.

La maîtresse fait du théâtre en dilettante, elle ne mène pas une véritable troupe.

Elle, qui ne craint plus d'exprimer ses enthousiasmes en classe,

 aimerait plus d'optimisme, plus de sourires, plus de bienveillance.

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31 août 2013

EN JUIN, Janelle et son papa

Janelle a souvent parlé de son papa,

un papa distant qui la réprimande beaucoup.

La maman avait rapporté les propos de la psychologue:

Le père désapprouve toutes les fois

où Janelle ouvre le frigo, se fâche.

Alors Janelle mange beaucoup

pour attirer l'attention,

même négative, du père.

Certe il n'y a pas d'école

pour apprendre à être un papa!

Mais au spectacle, la maîtresse a bien vu

le regard de ce fameux papa,

elle a entendu les mots prononcés.

Elle partage avec Janelle :

" J'ai vu et c'est sûr que ton papa t'aime.

Le problème c'est  qu'il ne doit pas savoir le dire ,

il ne sait pas  montrer à sa fille qu'il l'aime."

En écrivant cela aujourd'hui la maîtresse se demande

si elle parle du papa de Janelle ou de son père à elle.

Elle a eu, elle aussi, un papa distant.

Parfois la maîtresse ne s'adresse pas seulement à ses élèves.

À travers eux, elle donne des mots à la petite fille qu'elle a été,

cette petite fille qui cherchait comme Janelle des preuves d'amour

dans la distance et l'indifférence affichée.

 

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Cyrielle

Cyrielle ira peut être dans un autre collège :Enfant cute Banque d'images - 7359334

elle va vivre chez son papa.

Nouvelle dans l'école,

Cyrielle a déménagé 3 fois en 3 ans.

Cyrielle pleurait parfois en classe, se plaignait beaucoup.

Car elle avait des soucis à la maison.

Car elle avait mal au ventre.

Car elle avait mal à la tête.

Car les copines boudaient.

Car elle avait mal à la jambe ou au bras.

Car elle appréhendait le sport. 

Oui, il faut laisser du temps au temps pour avoir suffisamment de recul.

Pour ne pas s'apitoyer sans cesse sur la miss. Pour se questionner.

Pour prendre conscience que, peut-être, ces plaintes sont signes d'immaturité.

Une manière d'attirer l'attention. Peut-être une somatisation pour dire l'essentiel.

En janvier, sa maman lui avait annoncé qu'elle était enceinte. En février elle partait au ski. 

En avril elle annonce à sa fille que cette grossesse était une blague.

La maîtresse a servi un vert commentaire à son élève.

Au théâtre, Cyrielle, si fragile scolairement, est devenue une vrai star, occupant l'estrade

avec aisance, trouvant des interprétations drôles et  originales.

Mais ni sa mère, ni son père n'étaient présents le soir de la représentation.

Une maman qui annonce à sa fille qu'il ne reste qu'une seule place

dans la voiture pour partir cet été en vacances et qui dit à sa fille

qu'elle a choisi d'emmener le frère mais pas Cyrielle.

Une maman malade qui a fait plusieurs séjours à l'hôpital dans l'année.

Un beau-père parfois cruel, en rivalité avec la petite quant à l'amour de la mère.

Alors quand Cyrielle annonce, souriante,son départ chez son papa, la maîtresse s'en réjouit :

" C'est une bonne idée !

Tu trouveras un peu de stabilité et ça va t'aider à grandir dans ta tête.

Ta belle-mère prendra soin de toi pendant que maman va se soigner, prendre soin d'elle."

Cyrielle complète:

" Si je pars, maman va peut-être se rendre compte qu'elle m'aime".

Oui il faut laisser du temps au temps pour avoir une vision juste des enfants.

Cyrielle emportera avec elle un regard bienveillant de maîtresse sur l'élève qu'elle est.

 

 

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25 août 2013

En mai la maman de Kriss

En mai, la maîtresse était toujours inquiète quant aux apprentissages.


Malgré l'inimité qu'elle a manifestée.

le fossé est gommé, la maman a gommé le fossé

en franchissant les grilles de l'école.

Malgré les constats

Malgré  les bagarres et les insultes de l'enfant,

elles ont conversé.

Quelques mots polis, un échange qui se obstruait.

La maîtresse sait qu'elle marche sur des œufs.

Alors elle progresse doucement:

Un compliment  +  un reproche =  le compte est bon!

Ce soir là, la maman de Kriss a pleuré.

Un peu dépassée par son fiston.

2 heures pour dresser un tableau et envisager, un peu tard, des solutions.

Que de temps perdu avait envie de lui dire la maîtresse .

 

 

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19 août 2013

janelle chez la psy

Au deuxième trimestre la maîtresse avait conseillé à la maman de Janelle

d'emmener sa fille chez un psychologue:

Janelle ne comprend pas pourquoi elle reste accrochée à Noémie  comme une toute petite fille à sa maman:

"Janelle tu me dis que tu as besoin de quelqu'un sur qui compter, une meilleure amie, une grande amie.

Mais dans la vie tu dois d'abord compter sur toi."Fille de beauté Banque d'images - 320412

Janelle ne finit pas toujours ses exercices.

Quelques rares fois, le travail n'est pas fait .

Janelle est une bonne élève qui refuse  parfois d'avancer

comme un petit cheval capricieux:

elle affirme à la maîtresse,

qui n'en croit rien,

ne pas comprendre l'exercice

sans pouvoir expliquer ce qui la bloque.

Elle se contente de regarder sa maîtresse

avec des yeux ronds de poisson koi.

Elle acquiesce à ses remarques :

"On dirait que tu as peur de te lancer toute seule."

Depuis deux mois Janelle va voir une psychologue .

Tous les mercredis, Janelle va parler

de ce qui l'enchaîne aux autres.

Va-t-elle réussir à conquérir son autonomie affective et intellectuelle?

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09 août 2013

La voix de la maîtresse .


 Un sujet qui fait rire sa collègue préférée.

La maîtresse fausse sa voix ,

faisant naître une voix profonde et rocailleuse.

Elle l'appelle sa voix grave.

Une voix d'homme.

Une voix qui calme , capte, canalise.

Une voix qu'elle utilise pour retrouver son groupe classe,

petite bergère rassemblant son troupeau.

La maîtresse a construit le concept de la voix grave

en observant ses collègues masculins .

En scientifique rigoureuse établissant son protocole expérimental

elle a testé cette nouvelle voix

avec les mêmes élèves à des heures et des jours différents.

Une voix que le phoniatre pourrait aider à contrôler.

Car les jours las, cette voix lui échappe.

La voix grave ça marche.

Parole de maîtresse!

 

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30 juillet 2013

En avril, crise de larmes de Janelle

Lia vient discrètement voir la maîtresse et lui glisse à l'oreille:

" Maîtresse Janelle pleure

Image du Blog poeteromantique.centerblog.net

- Tu en connais la raison? chuchote la maîtresse.

- Noémie s'est moquée d'elle ."

Cyrielle vient à son tour avertir .

La maîtresse n'est pas intervenue immédiatement, il faut poursuivre les mathématiques, discuter après la classe .

"Janelle, termine l'exercice! Ce qui est formidable avec l'école c'est qu'en travaillant on oublie ses soucis."

A 11h30, les élèves sortent de la classe et la maîtresse en profite pour écouter Janelle: 

Noémie se serait moquée de ses dents.

La maîtresse accompagne les externes à la grille et , au retour, elle questionne Noémie.

Mais rien n'est certain car la moquerie résidait en un sourire appuyé 

Janelle arrive , ses larmes ont disparu laissant place à la colère.

En sport la semaine passée la maîtresse avait observé cette colère qu'elle avait qualifiée de révolte. C´est bien d'affirmer ce qu'on veut. Encore faut-il le faire en y mettant les formes.

" Et qu'est-ce que tu veux toi Janelle?

- Je veux être libre ! A cause d'elle l'an passé j'ai perdu toutes mes copines. Avec elle c'est comme si j'étais emprisonnée."

 

L'enfance n'est pas un monde de douceur.

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