20 décembre 2015

KEVIN

Je n'ai jamais beaucoup apprécié cet enfant qui a toujours fait beaucoup d'histoires,

un enfant qui m'a toujours semblé sournois. Et puis le voilà dans ma classe

et très vite il a posé problème: Kevin ne travaille pas,

apprend aucune leçon et frappe à tour de bras.

Et ce n'est jamais lui, selon Kevin,

c'est toujours de la faute des autres.Jeune garçon en surpoids

Mais une fois les règles rappelées,

la sanction posée ,

après quelques visites

dans le bureau du directeur,

je prends toujours le temps

de comprendre ce qui s'est passé

en questionnant les protagonistes.

A chaque fois Kevin rétorque :

"il m'a traité de gros...elle a dit

que j'étais gros,

il s'est moqué de mon poids ".

Les enfants en question ne sont pas des enfants belliqueux et ce serait étrangement toujours les mêmes reproches.Depuis quelques semaines, je lance Kevin sur une autre piste: "peut-être que c'est toi qui te dis - je suis gros-  et peut-être que tu imagines que c'est la voix des autres"   Kevin a un léger surpoids mais rien d'alarmant,rien de si manifeste, rien de si visible.                                                                                                        Et puis cette semaine, il a frappé Laura . Laura ne se laisse pas faire, c'est une coquine qui a de la répartie. Mais en ce moment Laura ne va pas bien et , ce jour là, elle a beaucoup pleuré. Alors à l'heure de la sortie, je les retiens à la grille pour savoir le fin mot de l'histoire. Laura assure qu'elle n'a rien dit au sujet de son poids . Alors je me tourne vers Kevin pour lui dire sans aucune animosité quelque chose qui ressemblait à ça:                                                                                                                                                "Moi je pense que Laura ne ment pas, je pense que peut-être tu crois que tout le monde te regarde, que tout le monde parle de ton poids et se moque, tu crois cela parce que c'est toi qui pense que tu es trop gros".  Soudain  un peu de vérité brille dans ses yeus et de grosses larmes muettes roulentsur ses joues. Je suis émue pas ce rude bonhomme qui n'a jusqu'ici jamais montré de sensibilité. C'est alors que papa arrive, alarmé de voir son fils pleurer. Je lui explique ce dont il retourne et  explique que les coups c'est sa difficulté  respecter les règles de la classe mais c'est aussi une qestion d'estime de soi à construire.                                                                                                    Le petit frère à côté demande " c'est quoi l'estime de soi? "

Je crois que c'est aussi une question à reprendre en classe !

 

 

 

 

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14 décembre 2015

Amin

 

Amin fait rire les élèves : il y a en lui un pierrot lunaire que la classe regarde avec tendresse.Afficher l'image d'origine

" Ça y est maitresse j'ai fini!

- tu as fait aussi l'exercice de conjugaison?

- NOOOOOON! j'ai fini LE LIVRE...."

Evidemment, ses camarades ont ri !

Oui car ,pendant que la classe s'échinait au-dessus des exercices de systématisation,

Amin lui, lisait avec bonheur un livre de 240 pages.

Son sourire malicieux nous dit que cette place lui convient.

Moi je m'inquiète, parfois, quand un cortège d'erreurs apparaît.

Amin semble être un bienheureux qui met toutes les maîtresses dans sa poche.

 

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12 décembre 2015

Elian

le bavard, Elian qui chahute dans la cour

devient, en classeAfficher l'image d'origine

Elian l´absent,

absent de lui-même

lorsqu'il se retrouve

face à son cahier.

et puis lorsqu'il s'agit

de prendre

la parole ,

Elian refuse,

secouant sa longue frange,

rougit, se ferme.

Détournant le regard,

Elian semble

craindre sa maîtresse,

Elle qui trouve cet enfant si attachant,

elle aimerait tant apprivoiser l'animal qui la tient à distance.

Alors, elle lui a proposé un changement de place, loin du tableau, loin du bureau,

loin d'elle. [une hypothèse, un test, une expérience]

Alors, de loin en loin, elle provoque

des petites conversations en passant près de sa table.

" Est-ce que tu  comprends les consignes ?"

- ça va, répond l'enfant 

La maîtresse lit dans le regard serein de l'enfant qu'elle fait fausse route.

- C'est parce que le travail est trop difficile?

- Non, répète l'enfant avec une légère assurance.

[manifeste-t-il reellement ce qu'il ressent?]

- Peut-être as-tu peur de te tromper?"

Et là, la maîtresse perd le contact avec l´enfant, un enfant qui s'agite, puis qui ,

en se tournant vers l'adulte, lâche un " oui j'ai peur de me tromper!"

Elian vient de cette fameuse classe,

celle où les enfants s'éteignent sous les cris de la maîtresse,

celle des dimanches soirs aux maux de ventre, indices de l'humiliation;

cette classe où les enfants fragiles perdent confiance en l'adulte,

confiance dans les apprentissages, confiance en eux.

La maman d'Elian, de sortie en sortie, de jour en jour, se rapproche

de la grille, se rapproche de la maîtresse

[ Faudrait-il, elle aussi, l'apprivoiser ? ]   et commence à parler :

Elle révèle qu'Elian n'est plus malade le dimanche soir et va à l'école avec entrain.

La nouveauté de l'année ce sont les amis: Elian a des amis!

Puis la semaine suivante, la maman explique le divorce douloureux de l'année passée,

un enfant qui ne savait pas où et avec il allait vivre.

Mais je sais que cette année sera douce, je le sais depuis toutes ces années à ramasser

les petits élèves à la petite cuillère, des petits élèves qui se remettent à vivre, à rêver ici.

Je sais que cette année sera douce car le rêve transforme le chagrin de la séparation;

le théâtre, la littérature, la poésie, la peinture

transforment les grandes douleurs en joies sublimes

Et puis , au bout du compte l'art amène au travail avec le meilleur de soi-même.

Et puis je vois bien qu'Elian a besoin de ses petits compliments,

il a besoin qu'on souligne ce qu'il sait faire.

Je devine son sourire au moment où il me tourne le dos...

 

 

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30 novembre 2015

Isabelle Peloux

ICIaffiche 2015

 

 

J'y étais

UNE JOLIE RENCONTRE AVEC ISABELLE PELOUX

et son L’École du Colibri

aux Amanins

 

 

 

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27 novembre 2015

DEMAIN

 

 Afficher l'image d'origine

 ici

« La Non-violence à l’école »  à Paris

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 novembre 2015

novembre

Un début d'année haut en couleurs Afficher l'image d'origine

28 élèves à ce jour!

( Mme la Ministre , 28 - 4 seulement me permettraient de balayer les programmes 

en y mettant moins d' énergie,

 plus de sérénité,

plus d' efficacité!

Ne serait-ce pas moins coûteux qu'un changement de programme? )

Certains avaient émis le vœu, à voix haute, de finir la primaire dans ma classe.

Des élèves pourtant surpris, en septembre, des espaces de la liberté qu'ils y trouvent.

Le plaisir d'être en classe influe sur  le désir d'apprendre.

Certains qui abusent en novembre ( 28 se battent ces espaces de parole ),

qui finalement me conduisent à la sanction bête et méchante:

tu copieras 20 fois la règle n°3  ( "Je dois lever le doigt pour prendre la parole en classe") pour ceux qui "oublient".

Imaginez des routes sans règles ni de sanctions ! Finalement, pour le bien de tous, je sanctionne tout court!

En septembre, les élèves se cachent devant les 1ères erreurs, ce à quoi la maîtresse précise :

" Moi je ne dis jamais faute mais erreur" .

Misss Clélia a fait des erreurs, alors Clélia rit quand la maîtresse lui demande,

pour la 4ème fois depuis la rentrée, sa stratégie

pour comparer des grands nombres .Clélia rit et se souvient

qu'il ne faut pas compter le nombre de zéros mais le nombre de chiffres.

Dédramatiser l'erreur, dé-construire le travail de sape, souvent à son insu, de l'école française.

les mettre dans une dynamique d'apprentissage:

"ceux qui ont mal orthographié les mots, vous les réécrirez cinq fois.

Est ce que c'est une punition?

Mais alors pourquoi je vous demande ça?"

Mais en novembre ils savent que "C'est pour mémoriser ".

j'ai cessé de souffrir d'être une enseignante différente.

je pense ne plus souffrir  du regard de certaines collègues ou de certains parents .

J'ai cessé de souffrir des maltraitances de l'éducation nationale à mon égard.

Je souffrirai peut-être en juin des cadeaux disproportionnés pour certains collègues:

c´est moins l'objet que la reconnaisse qui m'émeut .

je suis une fonctionnaire qui fonctionne aussi avec son cœur.

Mais cette reconnaissance je la devine  dans le regard et le sourire des sixièmes ,

à leur manière joyeuse de m'apostropher.

Cette reconnaissance je l'entends clairement dans les mots de certains parents.

En novembre, les projets avec certaines collègues s'ébauchent.

On se parle, on se questionne, on met en commun:

la machine du désir qui se met en route !

Cette année, je n'ai pas cessé de chanter au-dessus de la photocopieuse!

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16 novembre 2015

une journée particulière

En cette journée de deuil , les enseignants ont reçu pléthore d'infos.

On va dire que nous avions déjà tous suivi un petit entraînement en janvier dernier.Afficher l'image d'origine

On ne peut pas s'habituer à l'horreur.

On ne peut faire l'économie d'évoquer

la liberté de religion,

- celle aussi de "n'en avoir aucune",

         précise Amin -

le respect de celle des autres.

On se doit de questionner

la tolérance

et l'intolérance:

aujourd'hui et demain.

Au quotidien.

Je me dis qu'on requestionne

ce qui a poussé les nazis à l'inhumanité.

Je suis persuadée que travailler l'empathie c'est cultiver la bien-veillance:

 travailler sur les émotions avec toute sa palette colorée,

évitera, peut-être, les racourcis de la peine à la haine.

Une petite douceur:

Sandra a lu sur internet que les enfants devaient aller à l'école

vêtus de noir.

Après le petit rappel de la maîtresse sur le crédit accordé à ce qui était lu sur le net,

Amin s'exclame que lui il n'aime pas qu'on l'oblique à faire des choses car

il " n'aime pas la dictature".

La maîtresse sourit car Amin est un charmant rêveur 

qui papillonne dans la classe, un étrange élément iconoclaste et cultivé.

Mais  Amin tourne toujours longtemps autour de son travail

avant de fournir l'effort exigé.

Alors la maîtresse saute sur l'occasion:

" C'est pareil pour le travail, c'est pour cela que tu prends ton temps pour te mettre au travail?

Tu n'aimes pas que la maîtresse exige que tu travailles ?"

Amin cache son sourire derrière son bras.

Il peut compter sur la maîtresse pour revenir à la charge,

pour requestionner  son rapport au travail.

Car le rôle de l'enseignant est de faire fleurir des questions

dans le coeur et dans l'esprit,

celles qui poussent à cheminer .....

 

 

 

 

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14 novembre 2015

Prendre soin de l'humain

Prendre soin de l'humain 

Nous savions que la vie était fragile,

et que la démocratie était menacée

 par les forces archaïques qui habitent encore le monde.

Nous savions que, face à la vacuité de nos modèles économiques

fondés sur la consommation compulsive,

notre occident peinait à offrir un autre idéal que l'assujettissement aux intégrismes.

Nous savions que tout ce qui nous tient à cœur est mortel et

que l'obscurité absolue peut, un jour, faire oublier l'espoir de toute lumière...

Que cette nuit terrible où nous avons éprouvé la terreur de la pénombre,

nous rappelle notre fragilité et notre finitude.

Qu'elle renforce ainsi notre détermination à prendre soin de toute vie,

de toute pensée libre, de toute ébauche de solidarité, de toute joie possible.

Prendre soin de la vie et de l'humain,

avec une infinie tendresse et une obstination sans faille,

est, aujourd'hui, la condition de toute espérance.

 Sachons qu'un seul sourire échangé, un seul geste d'apaisement,

aussi minime soit-il, peut encore, contre tous les fatalismes,

contribuer à nous sauver de la barbarie...

Philippe Meirieu

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29 octobre 2015

J'ai décidé de placer l'humain au centre de ma pédagogie

 

J'ai décidé de placer l'humain au centre de ma pédagogie (version intermédiaire)

 

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09 octobre 2015

HARRY, 2014 2015

Harry est un enfant dyslexique.

La maîtresse connaît les ficelles.

Elle ne sait pas grand chose de la dyslexie.

Juste ce dont elle a besoin :

tous les enfants sont capables d'avancer.

Harry vit chez sa maman. Une mère qui fut reçue,

en début d'année, 2 fois 1 h30 dans la classe.

Une maman qui fait des commentaires désobligeants

à l'enseignante. Une maman qui refuse

que la maîtresse lui donne des exercices à trous .

une partie du texte est imprimé

histoire de soulager cet élève du poids de l'écrit,

épine dans le pied de l'enfant dys,

l'élève concentre son énergie sur la notion à acquérir.

Harry écrit peu, trop peu pour évaluer son cheminement d'exercice en exercice.

La mère , refuse les exercices à compléter car

elle pense qu" il est capable d'écrire autant que les autres".

Quitte à le laisser terminer, "parfois, pendant la récréation.

Comme le faisait  la maîtresse de l'an passé."

Mais la maîtresse de cette année connaît les ficelles de son métiers.

Elle  a expliqué à la maman que sa politique à elle était

pour la responsabilisation des grands de l'école :

" Que fais-tu, a-t-elle demandé à Harry, pour toi,

que fais-tu pour apprendre ce qu'il y a à savoir?

car n'oublions pas que au-delà de la dyslexie,

les élèves, parfois, se freinent par peur de se tromper.

En février, lors de l'écriture du PAI,

l'orthophoniste annonce la nécessité d´alléger la part de l'écrit pour cet enfant.

loin s'en faut pour rappeler à la mère, devant les professionnels réunis,

que ce fut le dispositif qu'elle avait refusé dans la classe en début d'année! 

 

Durant les deux premiers mois Harry a été un enfant inhibé, peu sûr de lui.

le théâtre lui a permis de trouver, petit à petit,  une place aux yeux de ses camarades.

il a longtemps paru anxieux du regard des autres n'osant pas toujours

lâcher cette force intérieure nécessaire à la scène. 

En classe , Harry ne profite pas des espaces de libertés

que la maîtresse donne à ses éleves ( lire à la classe un texte écrit

dans le cahier d´écrivain, faire un diaporama sur un thème libre) .

Non! Dès novembre, Harry ne demande pas la parole...il la prend!

Prendre souvent la parole sans lever le doigt, se déplacer dans la classe

pour rejoindre son pote etc.

Au fil de l'année, il gagne en assurance, frisant parfois la provocation

avec l'enseignante, souvent patiente. Mais pas toujours!!!!

Et puis, soudain la maîtresse se rend compte que l'enfant écrit beaucoup plus.

Aux évaluations du 2ème trimestre les compétences sont toutes acquises,

les travaux étonnamment réussis.

En mars, lors de la représentation de théâtre, Harry, désemparé,

croise la maîtresse dans les coulisses :

" les parents rigolent! Comment y peuvent se moquer de nous comme ça!"

Oui, malgré toute l'assurance conquise, on sent que ça coince 

à l'endroit de l'estime de soi.


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