29 décembre 2013

Tous les écoliers et tou(te)s les maître(sses)

Tous les écoliers et tou(te)s les maître(sse)s sont en vacances.

Après un 1er trimestre inoubliable, riche en évènements, fort en émotions.

Les élèves ont présenté leurs pièces de théâtre à un public heureux.

La maîtresse a distribué les bulletins aux parents. Certains l'ont gratifiée de  jolis mots:

Des écoliers heureux qui vont à l'école avec plaisir,

un infini bonheur pour certains à utiliser l'écrit pour se dire,

des  timides qui s'épanouissent,  des stressés au travail qui s'apaisent.

une approche  différente qui plaît.

Qui inquiète parfois. (Réintégreront-ils facilement un cadre plus classique?)

Elle sait que d'autres mots sont tus: Qu'ils restent à la grille de l'école!

La maîtresse travaille avec son coeur et ne veut voir que les beaux mots.

Certaines choses sont à modifier: elle sait que ces vacances seront productives.

Et puis, un  turn-over  s'impose...

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24 décembre 2013

JOYEUX NOËL

 

 

JOYEUX  NOËL

DES SOURIRES ACCROCHÉS AU COEUR.

 

 

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08 décembre 2013

camille

 

Une illustration de vecteur d'une fille qui court et à pleurer Banque d'images - 15956617A 13h15 Camille pleure.

C'est Kiria qui le raconte à la maîtresse.

Une maîtresse traquée jusqu'en salle des maîtres.

Les élèves perçoivent rapidement l'empathie de leur instit,

ils savent qu'elle ne restera pas insensible.

A 13h15 Camille pleure et c'est à cause de Timéo.

Qu'a fait Timéo?

      - Il m'a dit qu'il était amoureux de moi!

       MAIS MOI NON,MOI JE NE L'AIME PAS!!!

 Alors la maîtresse sourit; elle questionne la miss qui redouble de larmes:

    - Mais tu pleures parce que tu ne l'aimes pas ou

      tu pleures parce que ça t'inquiète ?

    - Parce que ça m'inquiète ! TU TE RENDS PAS COMPTE, MAÎTRESSE

      MAIS c'est la 1ère fois qu'on me dit ça !!!!

Camille est en train de se construire une image de jolie fille

qui plaît aux garçons de son âge...Elle est en train de construire son image

de jeune fille, une idée de la féminité.

La maîtresse se souvient ... Elle sait combien ça peut être compliqué.

Cette histoire de Camille fait sourire la maîtresse. Une histoire qui la touche.

Elle, la maîtresse qui a si mal à sa féminité, elle qui va voir un psy.

Tous les jeudis, elle monte à Paris, dans ce lieu où elle dit "je".

Un psy qui, ce jeudi, ne lui dit que "oui, oui" . Alors la maîtresse sourit et

parle de Camille,elle dit "elle" et puis elle dit "je". Alors la maîtresse,

qui est si mal femme,énonce deux ou trois paroles.

Quelques paroles sur la genèse de la jeune fille dans son coeur à elle.

Quelques paroles qui, ce jeudi, ont un effet magique

sur la femme si mal femme qu'elle est aujourd'hui.

Quelques mots dits dans un lieu particulier où elle dit "JE", à un être qui écoute

et qui lui permet de prendre conscience que certaines anecdotes de classe,

surtout les histoires qui la touchent, qui l'émeuvent sont des instants

qui parlent d'elle,de ce qu'elle est au plus profond d'elle même,

de cette part silencieuse et secrète qui peut parfois prendre le pouvoir.

Le psy qui, ce jeudi, ne dit que "oui, oui" lui a permis de prendre conscience

que l'histoire de Camille peut contenir des secrets sur elle-même,

sur la construction complexe de sa féminité.

La maîtresse militerait bien pour des lieux de paroles pour les instits.

Cela se fait bien, parfois, pour les infirmères. Mais elle sent la pudeur,

la difficulté de mettre en mots les douleurs professionnelles,

de les re-lier avec des douleurs personnelles.

 

 

 

 

 

 

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05 décembre 2013

les larmes d'Hyppolyte

Hippolyte fait parti des quelques élèves qui marquent

le pluriel du verbe comme les noms avec un "s" et non "ent".

Hyppolyte est au tableau et la maîtresse accueille ces 1ers "s" avec un ton ferme :

" Non, non, hyppolyte, je ne suis pas d'accord!"

La dessus, 

les épaules d'hyppolyte, 

tournant le dos à la classe,

sont prises de secousses .

La maîtresse met quelques secondes

à deviner les larmes de l'enfant .

Re-belote la semaine suivante, hyppolyte pleure la tête posée sur son cahier.

La maîtresse ressent cette peine, elle pourrait presque se sentir coupable

puisque ce sont ses mots qui l'ont provoquée.

Mais désormais la maîtresse REFUSE tout sentiment de culpabilité.

Elle a entreprit de lutter contre elle-même,

contre ses "quoi ? qu'est-ce que j'ai fait? j'ai rien fait, moi!

lutter contre les autres : contre la vilaine qui lui dit pour la 3ème fois que la maîtresse est

une instit trop nulle avec cette admirable assurance, contre sa bellâme qui dit " bein non c'est toi!",

contre son chéri qui sous entend que c'est à cause d'elle,

contre le collègue qui, sans raisons, cumule les mots de défaut de confiance.

Elle lutte contre ces questions intérieures, elle déconstruit dans un lieux où

                            elle dit "je",

un lieu où elle tisse du sens entre les évènements ordinaires et sa vie psychique,

un lieu où elle apprend à dire MERDE pour poser ses NONS.

Son coeur a ramolli légèrement devant les larmes d"Hyppolyte

MAIS elle refuse s'apitoyer, elle veut lui insuffler une autre réponse face à l'adversité :

le courage, la hargne.

Chaque matin,  Hyppolyte se poste au tableau

pour écrire une ou deux phrases douloureuses.

Chaque jour, Hyppolyte ( associé à 2 ou 3 camarades) a relevé le défi.

Aujourd'hui hyppolyte fait parti des rares élèves ayant réussi la dictée

enrichie de groupes nominaux et aux sujets très éloignés de leur verbe.

Hyppolyte est devenu, aux yeux de ses pairs,

               l'illustration du courage et de la ténacité !!!

 

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29 novembre 2013

liberté

La maîtresse a toujours détesté ces couloirs d'écoles tapissés 

de photocopies d'oeuvres" à la manière de",

tous les enfants reproduisant le même travail à la chaîne.


Dès l'I.U.F.M., elle savait qu'elle ne voulait pas de ça.

Elle a questionné sa tutrice de mémoire qui lui a parlé ainsi:

"Utilise la technique de l'artiste mais laisse leur le choix du sujet."

Elle aime les oeuvres "à la manière des pointillistes" avec les points

mais représentant un chat ou un cheval, un dragon ou une princesse un peu fée,

des parents étranges, une voiture qui vole ....

Elle aime retrouver, sous les volutes

"à la manière de Vincent Van Gogh", des sujets variés.

Alors en  début d'année, elle sourit aux

"j'ai le droit de faire ci? J'ai le droit de faire ça? ",

un sourire qui dit  OUI !

Un oui qui énonce à pas feutrés :

" Libère toi des entraves du conformisme,

de la pensée unique, du bien pensé, bien vu.

refuse d'entrer dans le moule

tout en respectant le contrat social

Explore ce qui t'habite, use de ton droit premier :

    ta liberté."

La maîtresse a aimé toutes ces dernières semaines,

criblées d'évaluations, livrets prochains obliges,

elle a aimé ses élèves   si créatifs,

             si passionnés,

                                si libres....

 

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27 novembre 2013

des petits!!!

Tiens! Deux minus entrent dans la classe ce matin:

Une maîtresse absente a laissé la surprise sur le pas de la porte,

une collègue nouvellement nommée. Une débutante qui aime rire en classe avec ses élèves,

une maîtresse qui veut partir des préoccupations de ses élèves. Une collègue à qui  la maîtresse a suggéré,

mine de rien, quelques pistes. Des petites choses dont elle s'est emparée, sans rien laissé paraître.

Deux petits de 6 ou 7 ans . La maîtresse se souvient...

Elle aime les petits. Elle aime leur sourire, leur naïveté, leurs yeux étonnés

sur un monde tout neuf, les mots innocents, l'enfance éclatante de beauté.

Elle aime aussi deviner l'adulte en devenir dans les yeux de ses grands élèves.

Alors à 11 h elle lance les petits sur la piste du texte libre autour de leurs dessins..

L'un s'emballe :

"J'ai dessiné une mémé qui se promene dans la rue et puis il y a des méchants.

Elle sort un pistolet et elle tire."

Le petit lève les yeux, étonné devant le sourire de cette maîtresse.

Quand on met la phonétique au service de l´imaginaire, quand on les laisse libres d'explorer les mots et les sons pour laisser une trace,une histoire: il ne faut pas s'étonner  de voir surgir un peu de violence, pour permettre à l'élan vital de s'ancrer dans la phonétique.

La petite dessine une maison avec des fenêtres qui s'ouvrent avec pliage et collage

(" c'est enfant qui m'a montré comment faire alors j'ai voulu faire pareil ") ,

puis deux coeurs sur une feuille pliée en 4:

" pourquoi y a-t-il des traits dessus?demande la maîtresse curieuse .

- Parce qu'ils sont en prison.

- Pourquoi?

- Parce qu'ils ont fait des bêtises.

La maîtresse se souvient, alors qu'elle effectuait un remplacement, du maître avait vu

les productions d'écrit faits avec la remplaçante et lui avait précisé qu'à son retour

il faudrait canaliser toute cette énergie...

Elle se souvient de cette maman qui avait remercié chaleureusement

cette remplaçante pour avoir aidé son fils à aimer l'école....

 

Elle se souvient de ses petits, il y a 5 ans, lorsqu'elle décida,

sans le savoir elle-même encore à l'époque,

de prendre un virage en épingle avec ses 5 premières années

de sa carrière de maîtresse, elle se souvient qu'elle avait oublié

combien elle aimait les petits de cycle 2....

L'an prochain, cher Père Noël, la maîtresse voudrait à la fois

des petits et des grands dans sa classe...

Pour ne pas avoir à choisir, pour ne pas avoir à renoncer...

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11 novembre 2013

Retour de vacances de la toussaint

Hypolyte est pâlichon en ce lundi de rentrée.

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Il demande à aller aux toilettes et en revient avec une tête horrible:

il a vomi tout son déjeuner.

La maîtresse se souvient d'un scénario identique le 1er jour de rentrée

de septembre. Plusieurs demies-journées d'absences suivirent.

Après avoir questionné sur un éventuel stress (que nenni) , suspectant une gastro,

elle finit par appeler sa maman qui vient le chercher à 9h10.

Pile poil quand la classe part mettre en scène.

La maman explique qu'il était heureux de revenir en classe, qu'il lui est arrivé la

même chose pendant ces dernières vacances autour d'une fête chez un copain:

Heureux d'y aller et il avait finalement  annulé après avoir vomi.

La maman promet de le ramener à l'école pour l'après midi.

A 13 h30, la maîtresse a quelques mots pour Hypolyte:

" Je crois qu'il y a du stress derrière tout ça! "

Hypolyte secoue négativement la tête avec énergie.

Mais la maîtresse sait bien que les grands de l'école sont en train de se construire une cuirasse,

ils ont perdu la naïveté des petits, ils n'ont pas toujours accès à ce qui les habite.

Avec les grands, il faut emprunter des chemins détournés : proposer de parler du stress

au dessus des histoires écrites le matin, en arts visuels,  à partir des personnages littéraires.

Encore faut-il que l'enfant soit d'accord pour suivre l'adulte. Dans le cas contraire, la maîtresse doit renoncer.

 

"On discutera durant les prochaines semaines! De plus, insiste la maîtresse qui opère

son 1er turn over de l'année, ce matin au théâtre on a travaillé sur les émotions.

Et parfois, quand on a une émotion forte, comme le stress,ça contracte l'estomac et

on vomit.Parfois. Je crois que c'est important pour toi le travail sur les émotions

au théâtre car les absences d'après chaque période de vacances vont poser problème

pour tes apprentissages en classe".

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08 novembre 2013

En septembre

 

A la fin de sa réunion, la maîtresse a lancé un " on se voit ? " à la maman d'Eliot

La maîtresse voulait comprendre:AFemme-triste-HATC1-385x308

Elle a regardé

cette grande et belle femme s'asseoir...

Elle a senti qu'elle pourrait pleurer.

Mais ça n'effraie plus la maîtresse, 

les larmes des autres.

Une maman qui, en juin, ne voulait pas

que son fils soit dans cette classe.

Car, Eliot est, aurait-elle dit au téléphone,

un élève tumultueux, à tenir d'une main de fer.

Alors la maman a raconté, à mots couverts, l'année passée chez la collègue.

Une année faite de vexations, d'humiliations de la part de l'adulte.

Une année faite des larmes, de cauchemars, de peurs, de maux de ventre.

La maman a parlé de la psychologue qu'Eliot a eu la chance de rencontrer.

La maîtresse l'a rassurée : " Cette année sera différente."

Sa classe est, pour certains, un lieu de convalescence ....

Peu à peu la maman a libéré la parole; Elle a presque tout dit.

Le tremblement des lèvres disait combien tous ces mots la blessaient .

Tous les mots prononcés l'an passé à l'encontre de son fils.

La maîtresse a compris pourquoi certains parents n'osaient lutter contre les humiliations,

pourquoi les parents de Marc ont tu les persécutions:

la peur des représailles dans le lieu clos de la classe.

La maman a dans son sac une bombe (juste la vérité qui pourrait éclater)

La maîtresse a révélé son rdv planifié avec l'inspecteur,

elle a dit que les dossiers,même explosifs,devaient être transmis

pour que plus personne ignore les larmes des enfants pétris par les adultes.

La maîtresse a entendu un silence. Elle a voulu savoir.

Pourquoi cette maman ne voulait-elle voir son fils dans sa classe ?

En juin,on aurait rapporté à Eliot et à ses parents que "la maîtresse était méchante ."

La maîtresse sait combien les élèves sont fidèles à leur instit,sa collègue.

Elle sait que ces paroles ne viennent pas des enfants.

Elle prend conscience que cette collègue parle dans son dos.

Qu'importe: le sourire de ses élèves suffit à rétablir toutes les vérités 

que, seules, les jalousies peuvent tenter d'éroder.

Mais la maîtresse a poursuivi , elle est allé au delà des apparences,

elle a parlé d'un travail pour elle, la maman.

ce n'est pas que cette histoire terrifiante qui explique cette fragilité .

" Votre fils ne risque rien cette année...Cette fragilité, ça me rappelle moi, il y a quelques temps, quand j'emmenais ma fille chez la psy. Nous, les parents, nous voulons les protéger nos mômes et on ne réussit pas toujours. On voudrait être tout puissant contre le mal . Quand on n'a pas réussi à leur épargner cette souffrance on se sent coupable. Mais ça réveille des culpabilités plus anciennes..."

La maman sourit. elle accepte ses mots,  elle parle d'un travail .

Oui, certainement. Un travail à terminer

 

 

 

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30 octobre 2013

des histoires à foison

 

 

Les poèmes à foison  ne font pas d'ombre

                    aux histoires qui naissent dans la classe.

Tous les matins les élèves écrivent dans leur petit cahier 

                                     - cahier d'écrivain ou cahier du matin - .

     Un cahier pour lier la pensée et l'écrit,

          un cahier qui réduit la distance entre l'esprit et la main,

               entre la grammaire et l'écrit intime, la vie et la classe.

Tous les 15 jours, chaque élève choisit  un texte, qui sera annoté par la maîtresse dans la marge, corrigé par l'enfant, recorrigé par la maîtresse puis réécrit au propre et illustré. Un texte qui va remettre en jeu les connaissances en français.

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Un cahier qui a prouvé à court et long termes son efficacité. Rare expérience vécue par les élèves que la liberté d'écrire, la liberté de lire un texte à ses camarades, la liberté d'en refuser l'accès aux parents ou à la maîtresse.Un cahier très fort dans lequel palpite l'âme des enfants. Quelques-uns  ont essayé de se soustraire aux 15 minutes d'écriture quotidienne: parfois fleurissent quelques rosaces que la maîtresse admire avant de rappeler la fonction de ce cahier. D'autres y mettent tout leur cœur, sans pouvoir s'arrêter, écrivant clandestinement sur leurs genoux pendant  les maths ou le français.

Corollaire de la poésie, la prose s’épanouit:

Entre Malvin le grand dyslexique qui prétend s'ennuyer pendant ces 15 min, qui - poussé, épaulé  par un camarade- finit par écrire  l'histoire d'un enfant rencontrant de grandes difficultés à l'école et relevant courageusement  la tête, surmontant ses difficultés.         Toute l'histoire de Malvin...

Gabriel témoigne de ses nombreuses passions telles que les voitures, les fusées, les avions . Dans les histoires de Ludovic, les hommes chassent les dragons, des sorciers se livrent bataille...Et puis Gabriel entame l'écriture d'un long récit relatant les péripéties d'un astronaute stagiaire tandis que Ludovic présente, avec la verve du journaliste,les derniers jeux vidéos.

Comme si les écrits des uns influençaient les écrits des autres...

12902829-close-up-portrait-d-39-une-fille-qui-ecrit-hispanique-mignonne-sur-son-cahier-d-39-ecolierCelles de Rose évoquent l'amour d'un roi pour sa reine (celle-ci se fait enlever et sera délivrée par son mari chéri) ou le divorce de parents .Rose qui ne voit plus son père - un papa qui envoie un courrier réclamant l'envoi du  bulletin scolaire de sa fille. Rose qui vit seule avec sa maman.

Une bouffée de son passé lui revient fugacement. La maîtresse. Elle aussi enfant du divorce. Dans son corset de culpabilité, sans liberté d'exprimer son désir de vivre malgré les hostilités... Heureusement qu'elle a un lieu pour parler de l'enfant qu'elle a été, elle. Un endroit où déposer ses angoisses de petite fille. Un lieu qui soulage ses élèves de ses projections à elle, un lieu qui lui permet d'entendre les besoins de Rose en grammaire et ses questions sur la vie. Pas ses propres besoins anciens à elle, l'adulte . Un lieu qui lui permet, enfin, de prendre son métier avec légèreté.

Enfant-écrivantRose, l'excellente élève qui doute atrocement,

qui éprouve tant de difficultés à entrer

dans la lecture de textes longs           

(peur de se retrouver face à soi même?).

Rose qui trottine jusqu'au bureau de la maîtresse pour lui adresser un:

                                                                                                                                                                                                              -   

- Je ne sais pas comment expliquer, dans mon  histoire, 

quand la maman annonce à ses enfants

qu'elle et son mari vont divorcer.

De quoi rester sans voix!

- Comment expliquer le divorce? C'est bien compliqué tout ça!

Comment expliquer la séparation des parents?

Comment expliquer que les gens ne s'aiment plus?

Comment elle t'a expliqué, ta maman?       

- Je le savais déjà!        

- Et bien, peut-être que les enfants de ton histoire s'en doutent eux aussi...non?

Rose regagne sa place avec une petit moue au coin de la lèvre.

Cette réponse ne lui convient pas.

La maîtresse sait que ces textes parlent d'eux mais elle ne le leur dit pas sauf quand cela peut les éclairer. Elle s'intéresse exclusivement à la grammaire et à la conjugaison.Oralement, elle ou les camarades font parfois une remarque quant à la formulation, à la compréhension. Elle anticipe sur quelques notions (les temps du récits, les différents verbes dans les incises). Elle utilisera les textes de Rose pour travailler le discours direct.

Introduire de la rigueur, ne serait-ce pas aussi un bon moyen de prendre du recul avec ce qui nous habite?                                                                                     

Hippolyte retrace les escapades de son chat fugueur et les aventures de la famille partie à sa recherche.          

Eleanor  écrit l'histoire de deux adolescents amoureux puis celle d'un garçon qui veut être célèbre tandis que sa sœur, elle, rêve d'une vie simple, " une fille qui ne veut pas grandir ". Les enfants sont-ils tiraillés entre le désir d'une  vie exposée à la télé, admirée, enviée et la vie ordinaire, simple ancrée dans la réalité.

Mike a écrit deux histoires plutôt sanglantes - mais ce sont les règles du jeu- .Son voisin précise timidement : "ses histoires me font peur"

- Écoute, Mike, écoute ce qu'il te dit! Attention à la sensibilité des autres !

La maman, courageuse, est seule avec deux garçons et Mike, l'aîné, a des soucis avec les règles de la maison et de la classe, avec les règles de grammaire et de conjugaison!

Et puis , un matin, apparaît un texte qui dénote, un texte sur son petit frère.

"C'est pas vraiment mon frère " avait-il dit, fin septembre, à la maitresse qui avait rectifié : "Un demi-frère. Mais celui avec lequel on partage sa maman, avec lequel on joue, on se chamaille, voire se dispute ? Un frère, je trouve." Un frère qui, un temps, offrit à Mike un père de substitution .

Mike écrit : "Mon petit frère doit être un peu magicien,il est très fort pour deviner certaines choses...".

Mike tenterait-il de dompter les mots, d'apprivoiser sa violence intérieure?

La maîtresse a un faible pour l'histoire de Judith   qui relate l'histoire de Marcelle,

une fillette qui a des problèmes avec les maths et le français. Une fillette courageuse

qui devient finalement maîtresse. Une maîtresse anxieuse qui raconte son angoisse

la veille de sa première rentrée, une maitresse qui fait des maths et du français.

Une maîtresse qui a dans sa classe une petite fille qui s'appelle Marcelle.Comme elle.

Marcelle la maîtresse veut aider Marcelle l'élève.

La maîtresse est étonnée par cette histoire qui est toute son histoire à elle;

elle la maîtresse qui se penche sur ses élèves tentant de les aider ;

elle qui se reconnaît, elle enfant, dans chacun de ses élèves;

les difficultés en maths des uns ressemblent aux siennes,

les écueils en estime de soi des autres réveillent les siens;

elle, offrant ce qui lui avait fait, autrefois, défaut.....

Bien sûr la maîtresse  n'en a rien dit, elle n'en dira jamais rien.

              Mais cette Judith serait-elle douée pour lire dans les cœurs ?

 

 

La maîtresse aime tous ces récits qui prennent de la valeur

quand ils sont lus à tous, des récits qui mettent du sens à l'étude de la langue

Mais, secrètement, elle se sent comme une petite fille à qui on lirait des histoires.

 

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22 octobre 2013

Derniers changements en date

 

Il y a 15 JOURS,

Dernière modification en date:

La maîtresse a renoncé à une géographie ordinaire,

 

 

 

 

 

 

 

optant pour une organisation en groupe.


 

 L'an passé, elle a fait entrer les jeux dans sa classe.

Cette année, elle se sent prête à les institutionnaliser :

6 groupes de 4 à 5 élèves, 6 groupes qui tourneront sur deux jours :

3X 3 groupes le lundi et le mardi.

Déjà que Matéo grognait après son voisin Célien,

que va-t-il se passer maintenant avec 4 camarades autour de lui?

Matéo se plaignait fin septembre et

expliquait qu'il n'avait "jamais eu d'amis et

que personne ne voulait de lui."

La maîtresse l'avait toujours vu avec un seul et unique enfant, Nicolas;

tous deux oisifs lors des récréations avaient

pour seul moyen d'entrer en contact,celui de titiller les autres.

Matéo était même devenu  " le pire ennemi " du fils de la maîtresse.

Maintenant le voilà engoncé à sa place avec 4 camarades à se coltiner.

Deux jours de chamailleries, de doléances ont suivi. 

Et puis le troisième jour: 

 

Des rires, des grimaces, des jeux sous les tables.

La maîtresse observe,profite de ce vent qui tourne et

laisse le plaisir retisser les liens:

Un peu de complicité pour un enfant qui apprend à vivre au milieu de ses pairs...

Encore un jour ou deux avant de ramener ses élèves à plus de rigueur.

La maîtresse y croit!

Elle s'étonne toujours de la plasticité de son groupe classe,

elle découvre combien il est aisé de donner une place à tous les élèves.

Elle lutte, parfois, contre certains portraits au vitriol

dressés par ses collègues, pas consciemment malintentionnés.

Craindrait-elle d'être  influencée?

Elle garde une foi aveugle et

les erreurs qui émaillent la vie sociale des élèves

(les erreurs dont les enseignants sont la mémoire)

ressemblent, parfois, ... aux nôtres.

Notre sévérité à l'égard des autres ne serait-elle pas

le regard au vitriol sur nous-même,

sur les erreurs qu'on ne saurait voir en toute conscience?

 

 

 

 

 

 

 

 

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